Maman : Bonjour, nous ne savons plus quoi faire. Notre fille de 14 ans ne respecte aucune règle. Elle dépasse les horaires fixés. Elle ne tient pas ses engagements. Nos paroles tombent dans l'oreille d'un sourd. Je suis fatiguée de discuter et je me demande comment faire respecter les règles sans que la situation ne dégénère à chaque fois.
Conseiller : Beaucoup de parents nous font part exactement de cela. De l'épuisement, de la colère, voire un sentiment d'impuissance. L'impression d'être constamment à la traîne sans jamais rien obtenir. C'est très pesant. Avant d'aller plus loin, j'aimerais aborder un point essentiel : qu'est-ce que vous souhaitez le plus en ce moment ?
Maman : J'aimerais que les règles soient enfin respectées. Et qu'on arrête de se disputer tout le temps.
Je ne me sens pas prise au sérieux et je me sens traitée sans respect. Cela me rend triste et furieuse.
mère
Conseiller : C'est tout à fait compréhensible. Ce désir de fiabilité et d'harmonie est légitime. Mais il serait également utile d'examiner de plus près ce que vous ressentez intérieurement. Lorsque votre fille enfreint les règles, quel impact cela a-t-il sur vous sur le plan émotionnel ?
Maman : Je n'ai pas l'impression d'être prise au sérieux. Et parfois, je me sens traitée sans respect. Ça me rend triste et furieuse.
Conseiller : Beaucoup de parents d'adolescents partagent ces sentiments. À 14 ans , les enfants traversent généralement une phase de développement intense , durant laquelle ils testent notamment leur autonomie. Les règles ne sont pas oubliées, elles sont mises à l'épreuve. La question de l'autorité s'impose d'emblée, mais elle ne suffit souvent pas. Selon vous, qu'est-ce qui motive votre fille au-delà des règles ? Qu'essaie-t-elle d'exprimer à travers son comportement ?
Maman : Est-ce une question de détachement ? J'ai simplement l'impression qu'il y a de la résistance. Je lui ai expliqué les règles. Encore et encore. L'école. Le temps passé devant les écrans. L'aide aux tâches ménagères. On dirait que ça lui est égal. Les sanctions n'ont pratiquement aucun effet. J'ai l'impression de perdre de mon influence.
Conseiller : De nombreux parents réagissent en renforçant le contrôle et en imposant des sanctions plus claires. C'est tout à fait compréhensible. Mais l'expérience montre que les adolescents réagissent souvent par un repli sur eux-mêmes ou par une attitude de résistance. Pas tant contre les règles elles-mêmes que contre le sentiment de ne pas être vraiment pris en compte.
Lorsque la proximité affective s'effrite, les règles prennent le relais, en apportant un soutien là où la relation fait défaut.
conseiller
Maman : Comment ça ? On a une relation, quand même. On vit ensemble. On se parle. On se dispute aussi.
Conseiller : Vivre ensemble crée de la proximité, mais pas automatiquement une relation. Parler ne suffit pas à créer un lien. Une relation , c'est la confiance, la profondeur émotionnelle, le sentiment de sécurité. Votre fille a-t-elle le sentiment qu'elle peut se confier à vous avec ses incertitudes et son chaos intérieur ? Ou ressent-elle surtout que vous avez des attentes à son égard ?
Maman : Je ne sais pas si elle nous fait encore confiance.
Conseiller : Cette incertitude est un indice important. Dans de nombreuses familles, les conflits liés aux règles sont particulièrement marqués lorsque la proximité affective s'est effritée. Les règles endossent alors un rôle de substitution. Elles sont censées apporter un soutien là où la relation fait défaut. Souvent, les adolescents réagissent à cette évolution par de la résistance.
Maman : Je devrais donc assouplir les règles ou les abandonner ?
Le conseiller : Non. Les règles restent importantes, surtout à l'adolescence. Elles apportent une structure et une orientation. Ce qui est déterminant, cependant, c'est le contexte dans lequel elles s'inscrivent. Sans ce contexte, les règles deviennent des questions de pouvoir. Dans ce contexte, elles constituent un cadre commun. Comment votre fille réagit-elle lorsque vous fixez une règle ?
Une relation, c'est rester à l'écoute de l'autre. Même lorsque l'enfant provoque ou se détourne.
conseiller
Maman : Je ne sais pas. J'ai l'impression que tout m'échappe si je relâche la pression.
Conseil : Le soutien ne vient pas de la pression, mais de la présence. Entretenir une relation, c'est rester disponible intérieurement. Même lorsque l'enfant provoque ou se détourne. Il s'agit alors de rester calme, sans menacer. De rester clair, sans aggraver la situation.
Maman : Notre fille semble souvent froide et distante.
Conseil : La distance est souvent une forme de protection. La proximité rend vulnérable. Les adolescents se replient sur eux-mêmes lorsqu'ils ont l'impression d'être jugés. Il peut être utile de vous demander de quoi votre fille cherche à se protéger en ce moment. Et ce dont elle aurait besoin pour s'ouvrir à nouveau.
Maman : Et comment en revenons-nous aux règles ?
Conseiller : En s'accordant mutuellement sur les règles. Non pas comme un système rigide, mais comme une expression de respect mutuel. De quoi as-tu besoin ? De quoi ai-je besoin en tant que mère ou père ? Comment trouver un cadre qui convienne à chacun de nous deux ? Ces discussions demandent du temps et doivent être répétées.
Maman : Ça demande beaucoup de patience.
Le conseiller : Oui. On ne peut pas forcer une relation. Dans mon travail avec les parents et dans la recherche, on constate régulièrement des expériences similaires. Lorsque le parent et l'enfant parviennent à établir un lien émotionnel, les conflits liés aux règles s'atténuent. Ils ne disparaissent pas du jour au lendemain, mais ils s'aggravent moins.
Maman : Notre fille ne dit presque jamais rien.
Conseiller : Dans ce cas, écouter est plus important que répondre. Être présent sans arrière-pensée. Poser des questions sans attente. La confiance s'installe en douceur. Parfois, il faut savoir supporter le silence pour que les mots puissent renaître.
Maman : Et si elle continue à ne pas respecter les règles ?
Conseiller : Alors, restez visible et fiable. Ayez une attitude claire, mais sans être punitif. Soyez un soutien plutôt qu'une menace. La nouvelle autorité décrit cela comme une attention vigilante. Je te vois. Je reste en contact. J'assume mes responsabilités, même si tu te détournes.
Maman : On va essayer, même si cette sensation d'impuissance refait surface quand j'y pense.
Les enfants ont davantage tendance à coopérer avec les personnes auprès desquelles ils se sentent en sécurité.
conseiller
Conseiller : La plupart des parents connaissent sans doute ce sentiment d'impuissance. Ils nous rappellent que la relation n'est pas une question de contrôle. La rencontre se produit lorsque nous sommes prêts à ne pas vouloir modeler l'autre, mais à lui faire face avec ouverture d'esprit.
Maman : C'est vrai. Et pourtant, dans certaines situations, il semble si difficile de vivre en accord avec cela et de suivre cette boussole. Je me rends compte maintenant que nous avons utilisé des règles au lieu de façonner notre relation.
Conseiller : La relation est le terreau sur lequel les règles peuvent s'épanouir. Les enfants sont plus enclins à coopérer avec des personnes auprès desquelles ils se sentent en sécurité. Non pas par crainte des conséquences, mais par attachement.
Maman : Merci beaucoup pour ce rappel !
Conseiller : Avec plaisir. Je vous souhaite bonne chance et de nombreux moments de complicité.
Ce compte-rendu est une version fortement abrégée et réduite à l'essentiel d'un entretien de consultation plus long. Nous souhaitons ainsi, d'une part, donner un aperçu de notre travail et, d'autre part, fournir aux lectrices et lecteurs des pistes de réflexion sur des questions similaires. Yvonne Müller, codirectrice de la ligne d'aide aux parents
Ligne d'assistance téléphonique pour les parents
www.elternnotruf.ch
Téléphone : 0848 35 45 55 (au tarif du réseau fixe)





