Imaginez que votre enfant commette une erreur sans craindre les conséquences. Faisons un petit exercice : repensez à votre scolarité. Peut-être avez-vous déjà dû vous rendre dans le bureau du directeur parce que vous aviez enfreint une règle. Quels sentiments cela vous inspire-t-il ? Imaginez maintenant que cet entretien commence par ces mots : « Tu comptes pour moi et je suis responsable de toi. » Quelles possibilités cela pourrait-il ouvrir ?
C'est précisément là que se pose pour moi la question de l'autorité. En tant que directrice d'école, je me la pose sans cesse. Surtout lorsque je dois décider comment réagir face à des situations difficiles.
Quand le courage ne vaut plus la peine
Mael est en collège. Lorsqu'un conflit éclate dans la classe, il rassemble tout son courage et en parle lors du conseil de classe. Il s'était entraîné à le faire avec sa mère à la maison. Cela lui a demandé beaucoup d'efforts, car Mael ne se sent pas toujours à l'aise à l'école et vit souvent des moments difficiles.
Comme prévu, le conflit est abordé en classe, et un enfant reçoit ensuite un avertissement de la part de l'enseignant. Quelques jours plus tard, Mael reçoit lui aussi un avertissement au motif qu'il aurait également enfreint les règles de la classe. Il ne comprend plus rien à ce qui se passe et rentre chez lui en pleurant.
Que reste-t-il ? Peut-être la douce prise de conscience qu'il vaut mieux se taire.
Les enfants apprennent particulièrement bien lorsqu'ils se sentent en sécurité et qu'ils peuvent considérer les erreurs comme faisant partie intégrante de leur parcours d'apprentissage.
John Hattie, chercheur en sciences de l'éducation
Entre sanction et responsabilité
De telles situations nous confrontent sans cesse, en tant qu'école, à la même question : comment réagir ? La solution la plus simple serait souvent évidente : punir, sévir, tirer les conséquences. Mais lorsque j'y regarde de plus près et que j'intègre les conclusions de la recherche, une autre image se dessine. Le chercheur en éducation John Hattie montre à quel point les relations, la confiance et un climat d'apprentissage positif sont déterminants pour le développement des enfants. Les enfants apprennent particulièrement bien lorsqu'ils se sentent en sécurité et qu'ils peuvent considérer les erreurs comme faisant partie intégrante de leur parcours d'apprentissage.
Le psychologue Haim Omer décrit, avec le concept de « nouvelle autorité », une approche qui s'articule précisément autour de ces principes : la présence plutôt que le pouvoir ; la maîtrise de soi plutôt que le contrôle des autres ; la relation plutôt que la distance ; la responsabilité plutôt que la punition ; l'estime et la réconciliation.
Cette attitude nous met au défi en tant qu'adultes. Elle exige que nous prenions le temps de réfléchir, que nous nous contrôlions et que nous ne réagissions pas de manière impulsive.
Une autre approche
Il y a quelque temps, notre établissement s'est retrouvé confronté à une situation difficile. Un élève du secondaire avait menacé un autre élève à tel point que celui-ci ne voulait plus venir à l'école. L'établissement a dû prendre des mesures.
Au lieu de le punir immédiatement, nous avons cherché à dialoguer. J'ai clairement indiqué que la violence n'était pas tolérée. En même temps, je lui ai dit : « Tu comptes pour moi et je suis responsable de toi. Je suis également responsable des autres enfants et de leur bien-être. » Avec les enseignants, nous avons discuté de l'incident avec l'adolescent. Nous lui avons fait prendre conscience de ses points forts et lui avons ainsi montré que nous étions convaincus qu'il était capable d'agir autrement.
En restant calmes, en nous maîtrisant et en ne réagissant pas immédiatement, nous aidons les enfants à se calmer eux aussi.
Puis le silence s'est installé. On a laissé au jeune le temps de trouver lui-même une manière de réparer son erreur. Les personnes présentes l'ont aidé dans cette démarche. Il a opté pour des excuses personnelles et écrites. La mise en œuvre de cette démarche a été étroitement suivie par le professeur principal et moi-même.
Jusqu'à son départ, il ne s'est plus rien passé. L'élève et moi avons ensuite eu plusieurs fois de bonnes rencontres à l'école ; cet incident avait en fait renforcé notre relation.
Un deuxième exemple tiré du quotidien scolaire
Les plus jeunes nous posent aussi ce genre de questions. Ainsi, pendant la récréation, un groupe d'élèves du primaire a quitté la cour de l'école sans autorisation et s'est dirigé vers un magasin. En tant que directrice, j'aurais pu réagir rapidement et leur infliger une sanction. J'ai délibérément choisi de ne pas le faire.
En discutant avec les enfants, j'ai évoqué ma responsabilité et leur ai demandé pourquoi cette règle existait. Ils ont su l'expliquer très clairement : la sécurité, le rôle de modèle, la responsabilité envers les plus jeunes. Je leur ai ensuite demandé comment nous pouvions rattraper cette situation. La réponse est venue immédiatement du groupe. Un enfant a proposé d'aider à surveiller la récréation et d'assumer ainsi une responsabilité.
C'est à ce moment-là que quelque chose de déterminant se produit. Les enfants prennent conscience de leur capacité d'agir. Ils assument des responsabilités et s'épanouissent grâce à cela.
Neurodiversité et autorité
Nous connaissons tous les nombreux termes que l'on rencontre au quotidien, à l'école comme à la maison. TDAH, TSA, TDA ou hypersensibilité n'en sont que quelques exemples. Derrière ces termes se cachent des enfants qui ressentent, réagissent ou agissent souvent de manière particulièrement intense.
C'est justement avec les enfants qui ont du mal à se réguler, à prendre du recul ou à contrôler leur comportement qu'il faut faire preuve d'une approche particulièrement réfléchie de l'autorité. Dans mon travail d'enseignante et de directrice d'école, j'ai constaté à maintes reprises à quel point l'attitude des adultes est déterminante. En restant calmes, en nous contrôlant et en ne réagissant pas immédiatement, nous aidons les enfants à se calmer eux aussi. Notre maîtrise de soi devient un soutien à leur régulation.
Le changement durable ne naît pas de la peur, mais des relations et du sens des responsabilités. Pour y parvenir, l'école et les parents doivent rester en contact.
Et pourtant, une tâche importante reste à accomplir. Ces enfants ont eux aussi besoin d'être guidés . Ils doivent apprendre à respecter les règles et à assumer leurs responsabilités. La différence essentielle réside souvent dans la manière dont on leur permet d'apprendre cela. Lorsque les enfants constatent qu'ils peuvent faire bouger les choses, qu'on les prend au sérieux et qu'on leur fait confiance pour s'améliorer, ils développent un sentiment d'efficacité personnelle. Et c'est précisément cette expérience qui peut être la clé pour eux.
Les parents et les écoles face à un dilemme
Je comprends tout à fait les parents qui souhaitent que des conséquences claires soient appliquées dans les situations difficiles. L'inquiétude, l'incertitude et parfois même la colère sont des réactions compréhensibles, surtout lorsque c'est son propre enfant qui est concerné. En même temps, on constate régulièrement que ce n'est pas la peur qui engendre un changement durable, mais la relation et la responsabilité. Pour y parvenir, la coopération est indispensable. L'école et les parents doivent rester en contact. Les parents doivent être impliqués et comprendre pourquoi l'école agit ainsi.
Je suis moi-même engagé dans ce processus. J'apprends, je remets en question et je continue à évoluer. Le grand défi consiste, en tant qu'établissement scolaire, à définir une ligne de conduite interne qui soit partagée par tous, afin de pouvoir ensuite la communiquer aux parents au nom de l'ensemble de l'établissement. Pour moi, l'autorité n'est pas un concept figé, mais un cheminement.
Réimaginez la situation décrite au début. Votre enfant fait une erreur. Et il ne se retrouve pas d'abord face à une punition, mais face à quelqu'un qui reste à ses côtés. Quelqu'un qui prend ses responsabilités. Quelqu'un qui lui fait confiance pour s'améliorer.
Qu'est-ce que cela signifierait pour votre enfant ? C'est peut-être justement le type d'autorité dont nos enfants ont besoin aujourd'hui.





