« Est-ce une sorte de psychothérapie ? » Lorsque Patrick Schmitt, enseignant au Centre de formation technique (BZT) de Frauenfeld, accueille de nouveaux élèves, ceux-ci sont surpris, voire souvent déconcertés ou méfiants : le bonheur comme matière scolaire – est-ce que cela peut fonctionner ? Peut-on apprendre les sentiments positifs comme on apprend les tables de multiplication, et ce, précisément là où ils sont souvent négligés ?
Le BZT fait partie des premières écoles de Suisse à avoir intégré le bonheur dans son programme scolaire. Dans le cadre de l'offre de transition destinée aux jeunes qui n'ont pas encore trouvé de solution pour la suite de leur parcours après la scolarité obligatoire, M. Schmitt enseigne depuis 2021 le cours « Bonheur et résilience ».

Renforcer l'estime de soi et l'esprit d'équipe
« Le bonheur en soi est un concept assez abstrait, que chacun interprète à sa manière », explique Schmitt. « De plus, il ne s'agit pas seulement ici de se sentir bien. Les jeunes doivent plutôt acquérir des outils qui les aident à prendre leur vie en main. » C'est là qu'intervient la résilience – cette force intérieure qui nous permet de garder confiance ou de la retrouver même lorsque le bonheur vient contrecarrer nos plans.
Ainsi, au cours des 72 leçons dispensées par Schmitt, les adolescents ont l'occasion de s'exercer à des compétences que les chercheurs considèrent comme essentielles à notre bien-être psychologique à long terme. Selon Schmitt, cela inclut notamment l'autorégulation ou l'esprit d'équipe, mais aussi et surtout la connaissance de ses propres forces et valeurs : « Qui suis-je, qu'est-ce qui est important pour moi ? Comment et où puis-je mettre en valeur ce qui me caractérise ? »
Dans le cours sur le bonheur dispensé par Schmitt, les adolescents se penchent sur ce genre de questions, et ce dans des contextes très variés : des exercices de réflexion ou de travail en groupe aux projets créatifs, en passant par des exercices pratiques.
Des sujets qui concernent directement les jeunes
Alors que le premier semestre vise avant tout à mieux prendre conscience de ses propres forces et valeurs, le programme du deuxième semestre aborde des thèmes tels que la gratitude, la prise de décision, la procrastination – le fait de sans cesse remettre les tâches à plus tard – ou encore la gestion des émotions difficiles et des changements.
Le bonheur en tant que matière scolaire n'est pas une fin en soi : il doit s'appuyer sur des données scientifiques pour que les jeunes en tirent réellement profit.
Patrick Schmitt, enseignant
« Dans la mesure du possible, j'aborde des thèmes qui touchent directement les jeunes », explique Schmitt. « C'est la seule façon de faire le lien avec leur quotidien. » Pour ses cours, Schmitt s'appuie sur un large répertoire de méthodes issues de la recherche sur le bonheur et la résilience, de la psychologie positive ou du développement personnel. Il met également à profit sa propre expérience de longue date en tant que clown de santé diplômé, qui accompagne les malades et les personnes en fin de vie.
Si le bonheur doit faire son entrée à l'école, ce ne doit pas être sous la forme d'une simple activité de bien-être, en est convaincu Schmitt : « Le bonheur en tant que matière scolaire n'est pas une fin en soi – il doit s'appuyer sur des données scientifiques pour que les jeunes en tirent réellement profit. »





