Monsieur Pröls-Geiger, dès lors que des personnes sont en relation les unes avec les autres, des divergences d'opinion apparaissent. Une relation sans conflit est-elle seulement possible ?
Les disputes sont inévitables. Les conflits, les divergences d'intérêts, les désaccords et les besoins différents font partie de la vie. Mais la question est : comment gérer les différentes opinions et les différents besoins ?
Il est important de parler à la première personne. Ainsi, votre interlocuteur ne se sentira pas accusé.
Il est bon d'aborder rapidement le sujet dès que l'on remarque que quelque chose ne va pas ou nous dérange. Plus tôt on aborde les choses, plus tôt on peut les clarifier et éviter qu'elles ne dégénèrent en une grosse dispute. Il est important de parler à la première personne afin que l'autre ne se sente pas accusé.
Le quotidien stressant des parents ne laisse souvent pas le temps pour ce genre de discussions. Les moments sans enfants sont rares et la plupart du temps, on est fatigué. Que faire ?
Par exemple, fixer un rendez-vous : certains en discutent pendant que leur enfant fait sa sieste. D'autres parents institutionnalisent cette pratique et réservent un soir fixe dans la semaine pour discuter. Parfois, cela ne prend pas beaucoup de temps, certains commentaires peuvent être clarifiés en dix minutes.

Quel pourrait être ce type de retour d'information ?
Par exemple, si l'on est contrarié parce que l'autre nous a qualifié de désordonné devant les voisins. Au lieu de s'énerver longtemps, il suffit de dire que l'on n'a pas apprécié et que cela nous a blessé. L'autre n'a pas besoin d'y répondre longuement, il peut simplement en prendre note ou dire qu'il y réfléchira.
Le meilleur moment pour parler des conflits, c'est quand ils ne sont pas d'actualité.
Mieux vaut donc réfléchir à la fameuse nuit avant de répondre immédiatement dans le feu de l'action ?
Pour éviter que les conflits ne s'aggravent, il est bon de ralentir le rythme. Un conflit s'aggrave rapidement, mais ne s'apaise que lentement. C'est pourquoi il est utile de faire une pause lorsque l'on se trouve dans une situation émotionnellement tendue ou lorsque l'on constate que l'on est pris dans une spirale d'accusations et de contre-accusations. De manière générale, il est préférable de parler des conflits lorsqu'ils ne sont pas à leur paroxysme.
Avec un peu de chance, les problèmes se résolvent d'eux-mêmes et il n'est plus nécessaire d'en parler. Mais cela ne fonctionne pas toujours : comment trouver le bon moment ?
Il est important de réfléchir aux raisons qui ont provoqué le conflit. Était-ce une situation stressante? C'est souvent le cas dans le quotidien mouvementé d'une famille. Par exemple, une dispute parce que l'un des deux n'a pas mis la vaisselle dans le lave-vaisselle le matin. Le sujet principal n'est pas la vaisselle, mais le stress matinal et la question suivante : comment organiser le petit-déjeuner de manière à ce qu'il soit moins stressant pour tout le monde ?
Mais il peut aussi s'agir d'une question d'estime. Ai-je le sentiment que mes efforts pour la famille sont remarqués et reconnus, et non considérés comme allant de soi ? Les sujets récurrents sont les plus difficiles. On a alors souvent recours à des phrases toutes faites telles que « tu fais toujours ceci ou cela » et on se retrouve rapidement pris dans un cercle vicieux de reproches. Il vaut mieux reporter ces sujets à un moment plus calme, lorsqu'ils ne sont pas d'actualité, et réfléchir au préalable aux messages que l'on souhaite transmettre. Il est important de s'en tenir à un seul sujet.
Quels sont les sujets qui font le plus souvent l'objet de disputes entre parents ?
Il s'agit souvent de sujets banals du quotidien, tels que les tâches ménagères ou la répartition des rôles. C'est aussi une question de gestion des ressources : les deux sont stressés, manquent de sommeil et sont donc à fleur de peau. Il vaut la peine de chercher à comprendre ce qui est réellement en jeu.
Donc, le fameux regard sous la pointe de l'iceberg ?
Exactement. Pour cela, il faut être à l'écoute de soi-même et de ses besoins, et se demander : qu'est-ce qui me dérange en ce moment ? Qu'est-ce qui se cache vraiment derrière cela et qu'est-ce qui m'agace ?
Les parents doivent-ils éviter de se disputer devant leurs enfants ou faut-il nécessairement tout remettre à plus tard ?
Tout dépend du sujet du conflit et de la manière dont celui-ci est géré. Une discussion sur la prochaine destination de vacances peut très bien avoir lieu devant les enfants, auxquels on expliquera ensuite pourquoi on se dispute et pourquoi on a des opinions divergentes. Il est important d'observer la réaction des enfants, par exemple s'ils perçoivent le ton plus fort des parents comme une menace. Les adultes doivent alors réagir à ces signaux et en discuter avec eux.
Quels signaux les enfants envoient-ils lorsqu'ils se sentent mal à l'aise dans une dispute ?
Certains se bouchent les oreilles et pleurent, d'autres disent « stop » ou s'enfuient de la pièce. D'autres encore se retirent sans un mot. Certains tentent d'apaiser la dispute de leurs parents, faisant passer leurs propres besoins après ceux de leurs parents. Il en résulte un renversement des rôles qui, à long terme, est néfaste pour le développement de l'enfant.
Si l'on se dispute devant les enfants, il faut aussi se réconcilier devant eux.
Plus les enfants sont âgés, mieux ils sont capables d'exprimer ce qui est important pour eux. Quand ils sont plus jeunes, ils perçoivent l'atmosphère comme menaçante, mais ne sont peut-être pas encore en mesure de comprendre de quoi il s'agit. Plus ils sont âgés, mieux ils connaissent leurs parents et la « chorégraphie de leurs disputes ». Et surtout : si vous vous disputez devant vos enfants, vous devez également vous réconcilier devant eux.
Lorsqu'il s'agit de discuter de vacances à la mer ou à la montagne, c'est plus facile. Mais qu'en est-il des sujets ouverts qui ne peuvent être clarifiés immédiatement ?
Il est donc important de montrer aux enfants que nous nous efforçons de régler cela de manière constructive.
N'est-il pas plus rassurant pour les enfants de leur dire que tout ira bien ?
Ne promettez jamais plus que vous ne pouvez tenir ! Sinon, vous perdrez la confiance. Les enfants comprennent plus que les adultes ne le pensent, ils ont des antennes très sensibles. C'est pourquoi il est illusoire de croire que les enfants ne remarquent pas quand on se dispute le soir. Les conflits froids, où l'on se contente de se ignorer, sont tout aussi pesants, et les enfants le ressentent également. Cela peut être plus pesant pour eux que lorsque le conflit est explicite.
Quel est l'impact des conflits sur les enfants ?
Les conflits qui restent longtemps non résolus provoquent chez les enfants une agitation permanente, une tension qui ne disparaît pas et les maintient dans un état d'alerte constant. Les enfants ont besoin d'un endroit sûr où ils peuvent se détendre. Cela inclut non seulement leur propre chambre, mais aussi des moments de détente.
Les enfants s'identifient à leurs deux parents et si l'un d'eux est dénigré, cela affecte automatiquement l'enfant.
Quels sont les signaux d'alarme qui indiquent que les enfants souffrent des conflits parentaux ?
Une baisse de concentration à l'école, une fuite dans des mondes imaginaires ou la tension à la maison se transforment en agressivité dans la cour de récréation. Il est également inquiétant de constater que les adolescents ne sortent plus qu'avec leur groupe d'amis et ne veulent plus rentrer à la maison. Si les enfants essaient d'éviter les conflits ou de les modérer pour leurs parents, cela peut également être considéré comme un signal d'alarme. Ils montrent ainsi : « C'est trop pour moi. »
Y a-t-il des choses à ne surtout pas faire lorsque les parents se disputent devant leurs enfants ?
La violence, sans aucun doute. Physique et verbale. Les parents doivent absolument éviter les jurons ou les remarques désobligeantes qui dénigrent l'autre. Les enfants s'identifient à leurs deux parents et si l'un d'eux est dénigré, cela affecte automatiquement l'enfant. Il est également important de ne pas instrumentaliser l'enfant et de ne pas essayer de le mettre de son côté. Les menaces de séparation ou de divorce peuvent également être très déstabilisantes pour les enfants.
Comment les parents peuvent-ils rassurer leurs enfants même lorsqu'ils se disputent ?
Dans l'idéal, le message à transmettre aux enfants est toujours le suivant : « Nous maîtrisons la situation et nous allons la résoudre. » Les enfants remarquent et apprécient les efforts sincères de leurs parents. Il est également utile de convenir avec l'enfant d'un signe d'arrêt qu'il pourra utiliser lorsque la dispute devient trop intense pour lui.
Que faire lorsque l'on sent qu'une dispute s'envenime et que l'on se retrouve pris dans une spirale conflictuelle ?
Beaucoup de conflits naissent du stress et d'une sensibilité exacerbée. Il est alors utile de nommer ce qui se passe, de dire : « Tout cela est trop pour moi en ce moment, j'ai besoin d'un peu de calme, je vais me ressaisir dans la pièce d'à côté et je reviens tout de suite. Si vous êtes déjà en plein conflit et que vous constatez que vous vous enfoncez dans une spirale d'accusations et de contre-accusations, vous pouvez convenir d'un signe de pause et décider de vous retirer brièvement pour « vous calmer » avant de reprendre la discussion. Il est donc important de prendre soin de soi et de ralentir le rythme des conflits.
Nous ne pouvons pas changer les autres. Le mieux est donc de travailler sur soi-même et de mettre fin au conflit de son côté.
Et si vous vous disputez sans cesse à propos des mêmes choses et que vous ne trouvez tout simplement pas de solution satisfaisante ?
Je conseille toujours de recourir à une consultation dès les premiers signes de conflit plutôt que d'attendre que la situation s'aggrave. Il est beaucoup plus difficile de sortir d'un conflit qui s'est envenimé et de revenir à la normale que de rechercher une solution dès le début dans le cadre d'une consultation et d'une discussion modérée. C'est justement lorsque l'on tourne en rond qu'un regard extérieur peut aider. Recourir à une consultation est un signe de force et non de faiblesse.
Si les deux sont conscients qu'il est temps de changer quelque chose, c'est plus facile. Que faire si l'autre ne suit pas ? Un seul parent peut-il à lui seul changer le comportement conflictuel ?
C'est clairement plus facile lorsque les parents travaillent ensemble, cela renforce également les liens : nous deux ensemble pour la paix familiale. Mais cela fonctionne aussi seul, c'est juste beaucoup plus fatigant. Il est important d'adopter une attitude claire, c'est-à-dire de dire à la famille : « Je ne veux plus de ces conflits et je vais prendre les mesures suivantes pour que l'ambiance soit plus harmonieuse ». Cela montre que c'est mon investissement pour la famille.
Les étapes doivent être clairement définies. Si l'on s'y tient, cela met la pression sur l'autre personne, qui fera alors, espérons-le, des efforts. En même temps, le parent qui s'occupe des causes du conflit change, ce qui a à son tour un effet sur l'autre parent, qui ne suit pas de thérapie, et donc sur toute la famille.
Y a-t-il quelque chose à éviter ?
En cas de conflit, on court toujours le risque de vouloir changer l'autre. Mais cela ne fonctionne pas. Le mieux est de travailler sur soi-même et de mettre fin au conflit de son côté. C'est plus facile à dire qu'à faire, mais en travaillant sur soi-même, on change également son propre regard sur le conflit.
Y a-t-il quelque chose de positif que les enfants peuvent apprendre de parents qui se disputent ?
Lorsque les parents montrent l'exemple en cherchant des solutions constructives et en faisant des compromis lorsqu'ils se disputent et se réconcilient, les enfants peuvent apprendre beaucoup. Les compromis font partie de la vie, car il n'est pas toujours possible d'imposer sa position partout et tout le temps.
Les parents peuvent apprendre à leurs enfants que les conflits sont aussi une occasion de trouver de nouvelles idées. Si cela est bien fait, les enfants acquièrent alors une sorte de boîte à outils pour leurs compétences sociales. Ils en profiteront toute leur vie.
Mieux se disputer – Conseils pour les parents
- Clarifier rapidement : aborder les conflits le plus tôt possible et de manière objective, avant qu'ils ne s'aggravent.
- Utiliser des messages « je » : exprimer ses propres sentiments sans faire de reproches
- Choisir le bon moment : les discussions sont plus efficaces lorsque toutes les personnes impliquées sont détendues.
- Se concentrer sur un seul sujet : il vaut mieux discuter séparément des points litigieux complexes et récurrents, plutôt que de les traiter ensemble.
- Faire des pauses : lorsque les émotions montent, faire de petites pauses avec une heure de reprise fixée à l'avance.
- Ne pas impliquer les enfants : éviter la violence, le dénigrement ou même l'implication des enfants.
- Faire preuve de réconciliation : les enfants apprennent que les conflits peuvent être résolus lorsque les adultes se réconcilient.
- Réfléchir régulièrement à son propre comportement : assumer la responsabilité de ses actes au lieu de vouloir changer les autres.





