La curiosité des jeunes est – dans la plupart des cas – rafraîchissante. Il suffit de se lancer et de voir ce qui se passe. L'utilisation de l'intelligence artificielle (IA) en est un exemple parfait. En Suisse, 70 % des jeunes âgés de 12 à 19 ans utilisent déjà l'IA au moins de temps en temps ; les plus âgés le font plus souvent (86 % chez les 18-19 ans), les plus jeunes un peu moins (53 % chez les 12-13 ans).
La principale motivation d'utilisation est la recherche d'informations, plus précisément l'aide aux devoirs. Ces chiffres sont tirés de l'étude James Focus « L'intelligence artificielle dans le quotidien des jeunes » réalisée en 2025, qui a examiné pour la première fois la manière dont les jeunes Suisses utilisent l'IA.
Mal utilisée, l'IA offre à nos enfants un moyen élégant d'être paresseux.
Sa diffusion déjà très large met les parents et les enseignants sous pression. Soyons conscients d'une chose : la question n'est pas de savoir si l'IA sera utilisée, mais comment nous allons y réagir. Comment accompagner nos enfants dans l'utilisation de cette nouvelle technologie qui offre de nombreuses possibilités, mais qui comporte également de nombreux dangers et inconvénients ?
Comment pouvons-nous nous assurer que nos enfants ne subissent aucun préjudice lorsqu'ils utilisent ChatGPT ou d'autres chatbots basés sur l'IA? Utilisés correctement et selon des directives claires, ces outils peuvent tout à fait favoriser le développement de compétences. Mal utilisés, ils offrent à nos enfants un moyen élégant d'être paresseux.
Les parents devraient montrer à leurs enfants comment utiliser l'IA pour apprendre sans pour autant déléguer l'apprentissage à l'IA. Ce serait de la paresse métacognitive : on réduit son propre effort intellectuel et on laisse l'IA résoudre le problème. C'est un peu comme envoyer son chien faire son jogging et prétendre avoir fait quelque chose pour sa propre forme physique.
Comment utiliser l'IA
Il existe quatre approches différentes pour utiliser l'intelligence artificielle de manière judicieuse. Les parents devraient s'y exercer et les tester avec leurs enfants.
1. Recherche
Un complément à la recherche Google. Les chatbots basés sur l'IA permettent d'engager un dialogue ; les précisions et les questions font partie intégrante de la recherche. Mais l'IA ne sait souvent pas ce qui est vrai ou faux. Les questions politiquement controversées sont particulièrement délicates, les réponses doivent être remises en question. Pour les recherches plus complexes, les enfants devraient apprendre à exiger des sources et à les vérifier. Les chatbots IA sont utiles pour les mots, mais les faits sont secondaires pour la machine.
2. Dialogue socratique
Ici, vous fournissez votre propre texte à l'IA et celle-ci vous pose des questions critiques. Il en résulte un dialogue réciproque qui améliore progressivement le texte. Écrit par vous-même, mais avec l'aide de l'IA.
3. L'ours explicatif
Si l'on ne comprend pas un concept mathématique, par exemple, l'IA peut s'avérer utile. Elle explique le sujet de différentes manières jusqu'à ce que l'on comprenne la matière.
4. Création
L'IA crée une image à partir d'un texte. Les enfants apprennent ainsi à formuler quelque chose avec précision ou à corriger leur texte si l'image ne correspond pas à leurs attentes. Mais cette application présente un inconvénient majeur : l'IA travaille avec des images existantes. Le débat sur les droits d'auteur n'est toujours pas tranché à ce jour et nous, utilisateurs de l'IA, évoluons dans une zone grise sur le plan juridique et éthique. Discutez avec votre enfant pour savoir à qui appartient réellement une telle image.
Assistance souhaitée
La progression fulgurante de l'intelligence artificielle va-t-elle déclencher de nouveaux conflits éducatifs entre les parents et leurs adolescents? Beaucoup de parents frémissent à l'idée des discussions acharnées sur l'utilisation des téléphones portables et des réseaux sociaux, sans même parler de l'IA. Mais au moins, l'utilisation de l'IA est beaucoup moins chargée émotionnellement et la plupart des jeunes sont même étonnamment critiques et tout à fait conscients des dangers.
Mais ils voient aussi de manière très pragmatique les avantages personnels. Une étude américaine (Bickham et. al. 2024, Optimism and Uncertainty: How Teens View and Use Artificial Intelligence) montre même qu'une majorité des jeunes souhaitent expressément des instructions claires sur l'utilisation de ces outils. Que peuvent souhaiter de mieux les parents ?





