Lorsque, tôt le matin, la lumière dorée de la Sicile illumine les collines, la journée commence souvent pour Raffael Müller, 46 ans, et Nadia Saccavino, 41 ans, avec les voix de leurs enfants Amael, 14 ans, et Malea, 11 ans, et le parfum des citrons. L'histoire de la famille Müller Saccavino commence toutefois à Bâle, où ils menaient une vie apparemment parfaite : un appartement coopératif abordable au bord du Rhin, des emplois dans le domaine social et une vie familiale bien réglée.
Mais le désir des parents pour plus de liberté, de nature et d'autonomie ne cesse de grandir. « Nous rêvions depuis longtemps de voyager et de laisser nos enfants apprendre librement », explique Nadia. Avec leurs enfants encore petits à l'époque, ils voyagent plusieurs fois en Asie, jusqu'à ce qu'ils partent finalement en 2019 pour une année sabbatique à travers l'Europe du Sud-Est et l'Asie du Sud-Est.
Cette pause les marque profondément : ils vivent des aventures, des incertitudes, des moments d'intimité intense – et prennent conscience que la vie pourrait être différente. Que le bonheur ne dépend pas de la consommation et des possessions matérielles, mais des expériences partagées, du temps passé ensemble, des rencontres authentiques.
Un terrain avec sa propre source
De retour en Suisse, elles réalisent que leur ancienne vie ne leur convient plus. Le désir de mener une vie autonome devient de plus en plus pressant. Le hasard – ou le destin – les conduit finalement en Sicile à l'été 2020, un an après leur voyage en Asie : une amie qu'ils ont rencontrée dans un alpage leur envoie des photos d'une propriété avec sa propre source, des citrons et des figues de Barbarie.
Nadia et Raffael partent deux nuits en Sicile, dorment sous la tente, mangent des tomates directement cueillies sur l'arbuste et tombent immédiatement amoureux de l'endroit : « Nous avons tout de suite su que c'était là notre place », déclarent-ils tous les deux. Mais le chemin s'annonce semé d'embûches : l'argent est rare, l'achat d'une maison coûte cher, les projets sont vagues. Toute la famille a néanmoins très envie de se lancer dans l'inconnu.
Des étrangers arrivent, qui deviennent des aides et parfois même de nouveaux amis.
Ils vivent encore en Suisse pendant un an, économisent, renoncent au luxe, investissent chaque centime dans leur rêve sicilien. Puis, avec leur camping-car, leurs enfants, leurs beaux-parents et leurs premiers amis, la grande aventure commence à l'été 2021. Les premiers mois sont difficiles. La famille doit constamment improviser : ils vivent dans un camping-car, empruntent des chemins escarpés pour se rendre à la maison, cuisinent dans un espace très restreint.
Construire à l'aide de vidéos YouTube
Dès le début, des invités viennent, d'abord des amis, puis des inconnus qui deviennent des aides et, pour certains, de nouveaux amis. « Parfois, nous avons cuisiné pour 20 personnes », se souvient Nadia en riant. Il y a beaucoup de travail : entretenir les oliveraies, tailler les arbres, construire une terrasse commune. La construction de la maison devient un projet communautaire, souvent guidé par des vidéos YouTube, avec beaucoup d'enthousiasme et peu d'expérience.
« Nous n'avions aucune connaissance en matière de construction », explique Raffael, « mais nous avions étudié le travail social, ce qui nous a aidés à créer un réseau. » Il en résulte des situations gagnant-gagnant : ceux qui aident peuvent rester, apprennent de nouvelles choses et s'investissent. Les invités deviennent des amis. « Le tout est plus que la somme des parties », explique Nadia.
Le père Raffael se bat pour sa vie
Le fait que Raffael se trouve aujourd'hui devant une maison achevée ne va pas de soi. En 2008, après seulement trois ans de relation avec Nadia, il souffre d'une endocardite, une inflammation de la paroi interne du cœur, qui reste longtemps non détectée et nécessite une opération d'urgence. « À l'époque, on disait que les chances de survie étaient de 50/50 », se souvient Raffael. Il survit et comprend dès lors que « la vie est éphémère. Si l'on veut quelque chose, il faut le faire maintenant. »
En 2024, le père de famille doit subir une nouvelle opération cardiaque. Celle-ci tombe en plein milieu de la construction de la maison. Il ne doit rien soulever pendant trois mois. La communauté apporte son soutien même dans ces moments difficiles. Un cardiologue devient un ami, des invités prennent le relais, Nadia endosse le rôle de chef de chantier.
Sortir renforcés des crises
Il y a des moments d'épuisement, de doute, mais aussi de profonde gratitude. « Nous n'aurions pas pu tenir beaucoup plus longtemps », dit Raffael avec le recul . « Mais maintenant, nous pouvons respirer. » Aujourd'hui, il est reconnaissant d'avoir vécu cette expérience. Cette période difficile a soudé la famille et l'a confortée dans sa quête d'une vie aussi libre et autonome que possible.
Malea raconte : « Au début, c'était parfois difficile, car nous avons beaucoup déménagé. D'abord dans un camping-car, puis dans une maison qui n'était pas encore terminée. Mais je me suis fait beaucoup d'amis ici. C'est agréable d'être dans la nature et de pouvoir jouerbeaucoup dehors. »Amael ajoute : « J'aime pouvoir apprendre librement quand je le souhaite. Et je me réjouis déjà du toboggan que nous voulons construire près de la piscine. »
Un autre luxe
Le cœur de leur nouvelle vie réside dans la communauté : Nadia et Raffael ont accueilli plus de 450 invités au cours des quatre dernières années. Des bénévoles de tous âges qui, en échange du gîte et du couvert, donnent un coup de main pour construire des maisons, récolter les olives ou simplement participer à la vie quotidienne.
La liste des histoires pleines de joie de vivre est longue : une grand-mère de 83 ans qui plonge nue dans la piscine après la récolte des olives. Des adolescents en « pause » qui trouvent de nouvelles perspectives. Des visiteurs qui deviennent des amis et reviennent.
La richesse réside dans la communauté, dans l'apprentissage libre des enfants et dans la vie au rythme des saisons.
Sur le plan économique, la famille s'appuie sur plusieurs piliers : les dons des visiteurs, les coachings en ligne, les produits artisanaux tels que l'huile d'olive, les liqueurs, les confitures et les savons, qu'ils vendent sur les marchés suisses. « Nous vivons simplement, mais en réalité, c'est un luxe : la liberté, la nature, la communauté », explique Nadia.
Le travail est intense et exigeant. L'argent est souvent rare, mais la richesse réside dans la communauté, dans une vie rythmée par les saisons, dans l'apprentissage libre des enfants et dans les nombreuses expériences partagées.
Défis et enseignements
Nadia et Raffael ont appris à assumer leurs responsabilités – pour eux-mêmes, leurs enfants, l'eau et la terre, l'éducation, la santé et les finances. « Les défis nous font grandir. Mais on apprend aussi que le paradis n'est pas un état permanent. Il y a toujours des moments difficiles », dit Nadia.
Les revers – qu'il s'agisse de bureaucratie, d'incertitude ou de maladie – font partie de la vie. Mais il en va de même pour la prise de conscience que les cercles ne se referment souvent qu'après coup : Raffael, qui jouait le rôle d'un oléiculteur dans une pièce de théâtre sicilienne lorsqu'il était étudiant, vend désormais de l'huile d'olive. Nadia, qui dessinait des maisons de rêve avec un toboggan lorsqu'elle était enfant, a désormais son toboggan au bord de la piscine.
Entré dans la vie
Ce qui reste, c'est l'expérience que le courage est toujours récompensé. « Nous ne sommes pas sortis, mais entrés – dans la vie, dans la responsabilité personnelle et dans la communauté », dit Nadia, avant d'ajouter : « Nous voulons partager notre lieu de force avec des personnes qui ont besoin d'une pause et qui souhaitent prendre le temps de développer de nouvelles perspectives. »
Leur parcours montre que l'envie de changement et le désir de plus de liberté peuvent mener à une vie qui apporte une profonde satisfaction – et que le bonheur apparaît souvent là où on ne l'attend pas : entre les oliviers, autour d'une table avec la famille et les amis. Lorsque le soleil se couche sur la Sicile le soir, Nadia et Raffael savent qu'ils referaient le même choix.
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