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Violences sexuelles : renforcer les enfants, dissuader les auteurs

Temps de lecture: 14 min
Les parents ne peuvent pas protéger leur enfant contre les violences sexuelles, mais ils peuvent contribuer grandement à compliquer la tâche des agresseurs : en connaissant leurs stratégies et en aidant leur enfant à avoir confiance en ses propres sentiments et à en parler.
Texte : Anna Walther

Photo : Maike Vará

« Si vous ne vous douchez pas suffisamment après le sport, je viendrai avec vous la prochaine fois et je vous montrerai comment faire. » C'étaient ce genre de phrases, ou des phrases similaires, que notre professeur de sport nous disait régulièrement, à nous les filles, pendant les cours d'éducation physique. Elles nous perturbaient et nous effrayaient. À l'époque, en CM2, je ne savais pas comment interpréter ce comportement.

Dans notre pays, un enfant sur sept est victime, au cours de son enfance, de violences sexuelles impliquant un contact physique – ce ne sont pas là des chiffres abstraits, cela concerne des enfants de notre quartier, de notre classe. Les violences sexuelles se produisent partout, dans toutes les couches de la société.

Ces faits effraient et inquiètent les parents, et je constate régulièrement qu'ils réagissent en niant la réalité : « Ça n'arrive pas chez nous – ni dans notre village, ni dans notre famille ! » Ce comportement est compréhensible, mais seul celui qui ouvre les yeux peut accompagner son enfant avec discernement. Connaître les mécanismes et les conséquences des violences sexuelles nous aide à rester vigilants.

Mais tout d'abord, la violence sexuelle revêt de nombreuses formes : remarques sexistes, voyeurisme, exhibitionnisme, baisers ou caresses non désirés, exhibition de matériel pornographique, pouvant aller jusqu'à la pénétration. Tout cela porte atteinte à l'intimité d'un enfant. Les actes sexuels avec des enfants sont toujours interdits, même si l'enfant a donné son « consentement ».

L'inconnu malveillant est un mythe. 97 % des auteurs de ces actes font partie de l'entourage proche de l'enfant.

Le contexte a aussi son importance : si un professeur de sport touche accidentellement les fesses d'un enfant qui tombe du trampoline, il s'agit d'un geste d'aide. L'important est qu'il l'explique brièvement à l'enfant : « Je suis désolé, je t'ai touché les fesses – je voulais simplement te rattraper, ce n'était pas intentionnel. » L'enfant peut ainsi bien comprendre la situation.

Mais si ce genre de situation se répète et que l'enfant en parle à la maison, les parents doivent absolument réagir. En effet, si cela fait partie de la stratégie d'approche, l'auteur se rendra compte que l'on y prête attention et que l'on réagit.

90 % des auteurs de ces faits sont des hommes

La génération actuelle des parents a encore majoritairement grandi avec l'image de l'homme étranger malveillant qui guette les enfants sur le chemin de l'école et les attire avec des cadeaux. Mais cette image ne correspond pas à la réalité. Selon un rapport de la Commission indépendante chargée d'enquêter sur les abus sexuels commis sur des enfants en Allemagne, 97 % des auteurs de ces actes font partie de l'entourage proche de l'enfant : il s'agit de l'entraîneur sportif, du parrain, de la voisine ou du meilleur ami de la famille.

90 % des auteurs de ces actes sont des hommes. Selon l'étude Optimus menée par la Haute école de Lucerne et l'Université de Lausanne, chez les enfants de moins de 5 ans, les pères sont les auteurs dans 45 % des cas – ce qui représente le groupe le plus important.

Les auteurs de ces faits sont souvent appréciés – et correspondent rarement à l'image que nous nous en faisons.

Voici comment fonctionne le grooming

Les auteurs de ces actes recourent à des stratégies systématiques pour manipuler les enfants et leur entourage. Ce processus est appelé « grooming » dans le jargon spécialisé : il s'agit d'une sélection ciblée de la victime et d'une approche progressive. L'objectif est de gagner la confiance de l'enfant et de ses parents, de l'isoler petit à petit et de le rendre dépendant.

Cette phase préparatoire commence souvent de manière anodine. La personne se montre particulièrement attentionnée, accorde beaucoup d'attention à l'enfant, lui offre des cadeaux ou organise des sorties avec lui. Ce faisant, elle teste peu à peu les limites – par exemple par des contacts fugaces présentés comme des accidents ou des jeux, ou encore en créant des secrets entre eux. Lors du « grooming », ils observent attentivement la réaction de l'enfant – mais même une résistance ne les arrête pas systématiquement. Certains agresseurs sont rebutés par un enfant qui se défend. D'autres, en revanche, continuent – jusqu'à ce que la résistance s'affaiblisse.

Honte et sentiment de culpabilité

Les auteurs de ces actes font souvent croire à l'enfant que ce qui s'est passé est normal – et sèment délibérément le doute en lui faisant porter la responsabilité. Pour ce faire, ils exploitent souvent les centres d'intérêt de l'enfant : ils associent la violence sexuelle à un loisir ou intègrent certains actes dans le jeu préféré de l'enfant.

On leur dit alors, par exemple : « Tu veux quand même y rejouer encore et encore – ça fait partie du jeu. » Les enfants y croient, justement parce que ce sont souvent des personnes de confiance – et se taisent par honte et par culpabilité. Les menaces font également partie des moyens habituellement utilisés – par exemple, dire que les parents seraient tristes, que l'auteur des faits finirait en prison ou qu'il arriverait quelque chose à l'animal de compagnie qu'ils aiment tant.

Regarder de près

« Je n'aurais jamais pensé ça de lui ! » : c'est l'une des phrases les plus courantes lorsque des faits de violences sexuelles sont révélés. Les auteurs de ces actes sont souvent appréciés – et correspondent rarement à l'image que nous nous en faisons.

D'une part, cela rend plus difficile l'identification des situations dans lesquelles des violences sexuelles sont commises ou préparées. Mais cette prise de conscience nous incite également à y regarder de plus près :

  • Pourquoi l'entraîneur cherche-t-il si souvent à se rapprocher d'un enfant ?
  • Pourquoi le parrain veut-il sans cesse faire quelque chose seul avec mon enfant ?
  • Pourquoi le chef de chœur refuse-t-il catégoriquement que les parents assistent aux répétitions ?

Certes, l'objectif ne peut pas être de se méfier systématiquement de toutes les personnes qui entourent un enfant, mais il est utile d'être sensibilisé à cette question.

Conseils et aide en cas de soupçon ou de violence subie

  • Aide aux victimes Suisse : conseil gratuit et confidentiel pour les personnes concernées et leurs proches. Un centre de consultation dans chaque canton
  • Pro Juventute : service d'écoute 24 heures sur 24 pour les enfants, les adolescents et leur entourage : tél. 147
  • Police : en cas de soupçon concret ou si vous avez été victime de violences, vous pouvez porter plainte : tél. 117

Cette réalité peut être source d'inquiétude – mais elle doit aussi attirer l'attention et inciter à des discussions ouvertes. Connaître les stratégies permet de mieux repérer les comportements suspects. Une vigilance particulière s'impose notamment en ligne, car les violences à caractère sexuel ont fortement augmenté dans l'espace numérique . C'est un exercice d'équilibre : ne pas jeter le discrédit sur tout le monde – tout en restant vigilant et critique. Car l'entourage normalise souvent, sans le vouloir, le comportement suspect d'une personne – non pas par indifférence, mais parce que nous apprécions ces personnes et leur faisons confiance.

Les filles citées dans l'exemple au début de ce texte ont parlé de leur professeur de sport à leurs parents. La réaction de ces derniers : « Il ne le pense pas vraiment ! » En effet, ce professeur était très apprécié tant par ses collègues que par les parents. Cette normalisation protège l'auteur des faits, qui reste ainsi longtemps à l'abri de toute découverte. C'est ainsi que, dans le cas de ce professeur de sport, des violences à caractère sexuel ont effectivement été commises par la suite à l'encontre d'au moins une fille.

La prévention commence au quotidien

J'aime comparer la prévention à un puzzle : de nombreuses petites pièces s'assemblent pour former un tout solide. Elle doit s'inscrire naturellement dans le quotidien : informer sans faire peur, à travers de nombreux petits moments, et non sous la forme d'un monologue à table en famille. Examinons de plus près quelques pièces de ce puzzle :

1. Connaissances des parents

Il est prouvé que les agresseurs agissent selon le schéma décrit. La connaissance de ces stratégies constitue donc déjà une pièce importante du puzzle. Les parents qui comprennent comment fonctionne le « grooming » ne se laissent plus aussi facilement aveugler par le sympathique professeur de sport ou le voisin apprécié de tous. Et ceux qui y regardent de plus près peuvent réagir à temps.

Les jeux de « docteur » offrent à l'enfant une occasion précieuse de découvrir quels contacts il apprécie et lesquels il n'apprécie pas.

2. L'éducation sexuelle dès la naissance

  • La prévention commence dès la naissance : lorsque je change la couche de mon enfant, je peux lui annoncer ce que je vais faire et réagir à ses réactions. Ainsi, dès le début, l'enfant apprend que son corps lui appartient.
  • Avant de parler des dangers avec les enfants, il faut toutefois établir une base positive : la sexualité fait partie de la vie et est quelque chose de beau et de naturel. C'est cette attitude fondamentale que les parents devraient transmettre à leurs enfants.

Les jeux de « docteur » font également partie du développement normal – et il est utile de définir des règles claires :

  • Tous les participants veulent jouer et peuvent dire « stop » à tout moment.
  • La différence d'âge ne dépasse pas trois ans, sinon le déséquilibre de pouvoir est trop important – car les violences à caractère sexuel entre frères et sœurs sont bien plus fréquentes qu'on ne le pense souvent.
  • On n'introduit rien dans les orifices du corps.
  • Les enfants décident et agissent librement, personne ne fait de mal à autrui et chaque enfant peut à tout moment aller chercher de l'aide.

En tant que directrice de crèche, j'ai souvent entendu dire que les jeux de « docteur » déstabilisaient les parents et suscitaient de vives émotions. Les parents qui interdisent ce genre de jeux ont de bonnes intentions, mais ils entravent ainsi le développement sain de l'enfant. Les enfants se voient privés d'expériences importantes. De plus, selon notre réaction, nous leur donnons à penser que ces jeux sont « bizarres » et sources de honte.

Discutez avec l'enfant de ce qui est acceptable et de ce qui ne l'est pas, ainsi que des réactions que cela suscite chez lui. Ces expériences offrent en outre à l'enfant une occasion précieuse de découvrir quels contacts il apprécie et lesquels il n'apprécie pas, mais aussi de fixer et d'accepter des limites.

3. Transmettre aux enfants des connaissances adaptées à leur âge et leur donner les mots pour les exprimer

Les enfants ont besoin de mots pour pouvoir s'exprimer – sinon, cela se résume souvent à une « sensation bizarre dans le ventre ». C'est pourquoi nous devrions, par exemple, désigner correctement les parties intimes. À quelle affirmation réagiriez-vous le plus : « Grand-père m'a touché le zizi » ou « Grand-père m'a caressé la vulve » ? L'utilisation de termes corrects et la prise de conscience de l'existence de la violence sexuelle aident les enfants à comprendre clairement et à décrire ce qui s'est passé.

Protection de l'enfance en Suisse

7 conseils pour la prévention

  1. Mon corps m'appartient !
  2. Je me fie à mon intuition.
  3. Je connais les contacts agréables, désagréables et bizarres.
  4. J'ai le droit de dire non !
  5. Je fais la distinction entre les bons et les mauvais secrets.
  6. Je suis courageux, je demande de l'aide.
  7. Ce n'est pas ma faute.

Le rap de Sonja Blattmann sur la protection de l'enfance résume ces messages de manière ludique, à travers la musique et le mouvement – accessible gratuitement en ligne.

4. Communication – parler des limites, des contacts physiques et des secrets

C'est là que se présente la situation classique du chatouillage : demandez à l'enfant s'il aime qu'on le chatouille, arrêtez immédiatement s'il dit « stop » et discutez avec lui des contacts agréables et désagréables. Il est tout aussi important que nous, les adultes, donnions l'exemple en respectant nos propres limites et en exprimant clairement ce que nous aimons et ce que nous n'aimons pas.

Les parents doivent eux aussi fixer des limites à leur enfant – par exemple, lorsque des proches veulent le prendre dans leurs bras et qu'il n'en a pas envie. C'est ainsi que nous lui faisons comprendre : tes sentiments comptent, ta limite est importante et elle est respectée. Je demande souvent à mon fils, par exemple, si je peux le prendre dans mes bras ou s'il apprécie vraiment que je lui fasse un bisou.

Nous pouvons aider les enfants à apprendre à dire « non », mais nous ne devons jamais leur en confier la responsabilité, car un enfant est totalement à la merci d'un adulte, tant sur le plan physique qu'émotionnel.

Comme les personnages de l'histoire ont recours à des secrets, il est important que les enfants apprennent à faire la distinction entre les bons et les mauvais. Une surprise d'anniversaire pour mamie est une bonne occasion d'y parvenir : les bons secrets procurent un sentiment agréable, ont toujours pour but de surprendre ou de faire plaisir à quelqu'un, et ont une fin – contrairement aux mauvais. Un mauvais secret sert à protéger une personne qui commet un acte interdit.

5. Relation – La confiance comme facteur de protection

La relation avec l'enfant est un facteur de protection essentiel. S'il sait qu'il n'a pas à craindre de sanction, il osera davantage se confier. Dois-je le remercier pour son honnêteté et lui dire calmement ce que j'attends de lui la prochaine fois – ou dois-je le gronder ? Entretenons-nous un climat de confiance et de respect – ou l'enfant a-t-il peur de moi ? Assurez à l'enfant qu'il n'est jamais responsable des violences sexuelles : c'est toujours l'adulte qui commet un acte interdit.

Les enfants parlent rarement de la violence qu'ils ont subie – et c'est précisément pour cette raison qu'une relation de confiance entre parents et enfants est si essentielle. Discutez également avec votre enfant de la manière dont il peut réagir si un autre enfant lui confie un secret. Les enfants qui ont appris à faire la différence entre les bons et les mauvais secrets savent qu'un bon secret, on le garde pour soi, tandis qu'un mauvais secret, on le révèle. Parlez-lui donc également des personnes vers lesquelles il peut se tourner dans un tel cas.

Ne confrontez jamais l'auteur des faits : il pourrait effacer les traces et faire pression sur l'enfant.

Et si cela arrivait quand même ?

Pour beaucoup de parents, c'est naturellement à ce moment-là que leur monde s'écroule. Tout d'abord : la plupart du temps, les parents sont eux aussi des « victimes » – ils ont été manipulés de la même manière. Restez aussi calmes que possible, croyez votre enfant, écoutez-le et remerciez-le pour son courage.

Des études montrent que les enfants doivent souvent raconter leur histoire plusieurs fois avant d'être crus. Beaucoup d'entre eux vivent ce manque de crédibilité comme une blessure aussi profonde que l'acte lui-même. Ne posez que des questions ouvertes : les questions insistantes peuvent être considérées comme une manipulation dans le cadre d'une procédure pénale. Ne confrontez jamais l'auteur des faits : il pourrait effacer des traces et mettre l'enfant sous pression. Notez les déclarations de votre enfant de la manière la plus fidèle possible et demandez impérativement l'aide d'un service spécialisé.

La prévention n'est jamais vaine : les enfants qui connaissent les limites et vivent dans le respect du consensus abordent la vie avec plus d'assurance. C'est un véritable cadeau, qui va bien au-delà de la simple protection contre les violences sexuelles.

Suggestions de lecture

  • Sonja Blattmann : « Non, c'est non ! » Cela vaut pour les grands comme pour les petits. Ravensburger 2025, 16 pages, environ 15 francs, à partir de 3 ans.
    Illustrations accompagnant le rap sur la protection de l'enfance de Sonja Blattmann.
  • Caroline Link : Le secret de Finn. Karibu 2021, 32 pages, environ 20 francs, à partir de 4 ans.
    Ce livre pour enfants montre de manière réaliste comment fonctionne le grooming : l'auteur des faits est quelqu'un que l'on apprécie et qui propose de faire des activités sympas avec soi – et non pas un inconnu inquiétant.
  • Agota Lavoyer : « Est-ce que ça va ? » Mabuse 2022, 73 pages, environ 25 francs, à partir de 6 ans.
    Idéal pour informer les parents : il les guide et leur montre comment aborder le sujet de la violence sexuelle avec leurs enfants dans un langage adapté à leur âge.
Ce texte a été initialement publié en allemand et traduit automatiquement à l'aide de l'intelligence artificielle. Veuillez noter que la date de publication en ligne ne correspond pas nécessairement à la date de première publication du texte. Veuillez nous signaler toute erreur ou imprécision dans le texte : feedback@fritzundfraenzi.ch